mercredi 18 mars 2015

Rapide et intense: la naissance d'un plancton (2ème partie)


J'ai terminé le ler épisode du récit de mon accouchement au moment où la sage-femme m'annonce que nous allons nous installer en salle de travail

Je me retrouve donc allongée, en blouse bleue, avec une aiguille dans le bras et une charlotte sur la tête. Et je hurle. Mais vraiment. On dirait un cochon qu'on égorge. Les sages-femmes m'engueulent, elles me disent que je vais faire peur à l'autre maman dans la salle d'à côté. On me propose la péridurale que j'accepte malgré le fait que je voulais aller le plus loin possible sans. Mais l'attente de l’anesthésiste va me sembler durer une éternité. En attendant on me propose un masque (d'oxygène, de gaz hilarant? j'en sais rien) mais je n'arrive pas à m'en servir comme il faut, je n'arrive pas à respirer correctement pendant les contractions, je ne peux que hurler, alors c'est inefficace.

Cette sensation est terrible. C'est une vague qui part du ventre et qui me submerge, j'ai l'impression de m'y noyer, je ne vois plus rien, je ne sens plus rien, je ne sais pas où je suis, je suis totalement vulnérable, il pourrait se passer n'importe quoi, je suis complètement à la merci des gens autour. Pendant tout le travail et la naissance proprement dite, il n'y aura que la voix de mon mari qui me parviendra de façon nette, comme un phare dans la tempête. Les voix des médecins et sage-femme ne me parviennent que de très loin, comme floues.

Enfin, l'anesthésiste arrive. Je suis alors dilatée à 7. Mon homme doit sortir, il en profite pour aller faire les papiers administratifs et aller chercher la valise du plancton, parce que ce que nous avions préparé et mis dans le panier pour la naissance ne convient pas à la Sage-Femme!

La pose de la péridurale est une épreuve. Il ne faut pas bouger, alors je hurle de plus belle pendant les contractions, et l’anesthésiste m’engueule parce qu'elle n'arrive pas à se concentrer. Je vais un effort dantesque pour me maîtriser.

Elle fait effet rapidement et est très bien dosée, je n'ai pas mal, mais je sens très bien se qui se passe dans mon corps, j'ai juste les jambes un peu engourdies.
Mon homme revient vite. Je revis.

Je suis à dilatation complète. La SF me propose d'attente quand même un peu que le plancton descende encore , si on s'y met de suite, il faudra d'avantage pousser.
Je peux attendre. Mais l'envie de pousser est là. honnêtement c'est la même sensation que lorsqu'on doit se retenir d'aller aux toilettes (glamour toujours).

Ça pousse de plus en plus. La SF revient avec le gynéco. Ce n'est pas celui qui m'a suivit, je ne le connais pas mais honnêtement je m'en fou. Ils se mettent en place. Je ne sais absolument pas ce qu'ils vont trafiquer pendant la naissance. Je ne les entends pas, je ne les vois plus, je suis dans un autre monde, je sais juste que mon homme est auprès de moi, et c'est tout ce dont j'ai besoin.

C'est donc le moment de pousser. Les médecins me laissent totalement le champs libre. C'est moi qui leur indique quand vient la contraction et que c'est alors le moment de pousser. J'ai alors le sentiment d'avoir le contrôle sur ce qui se passe et c'est génial. Je voulais vraiment être active pendant mon accouchement et ne pas le "subir".

Alors je pousse, de manière très instinctive. Je sent parfaitement mon bébé qui se fraye un passage, et j'entend très vaguement les médecins me dire que je fait du bon travail.

Je les entend également me dire que la poche des eaux s'est rompues. Et puis soudain, un bruit. Qui va immédiatement me ramener à la réalité. Je n'ai rien senti mais je sais parfaitement ce que c'est. CLAC. Il m'a découpé. L'épisio, ma hantise. Sur l'instant  ce bruit traumatisant s'estompe vite, j'ai autre chose à penser. Mais avec le recul je suis terriblement en colère. Un homme m'a entaillé la chair, sans mon consentement, dans un moment de la vie où j'étais le plus vulnérable. Je ne vais pas remettre en cause la nécessité de ce geste, mais bordel, ça lui aurait écorché la gueule d'au moins prévenir et dire ce qu'il faisait?!

Bref. Une poussée de plus. La SF me propose de sentir le bébé qui est juste là. Je touche quelque chose, ce n'est pas mon corps, c'est mon tout petit, c'est incroyable.
Encore une poussée. Un cri. Ce n'est pas moi, c'est mon Plancton. Il n'est même pas encore totalement sorti qu'il donne déjà de la voix!

Et puis enfin on me le pose sur le ventre. Mon tout petit. Il est parfait. Je vois mon homme verser quelques larmes. Moi je ne réalise pas encore. Mais c'est magique.

On me le reprend bientôt pour lui faire les premiers soins. C'est dans la même pièce et je peux voir tout ce qu'on lui fait pendant que le Gynéco s'affaire à me recoudre et à faire tout ce qu'il y a à faire à ce moment là.

Quand tout est terminé, on me redonne mon plancton. Pendant deux heures,  il sera tout contre moi. Nous nous découvrons tout les trois. C'est magique.

Notre nouvelle vie commence



lundi 16 mars 2015

Rapide et intense: la naissance d'un plancton (1er partie)

Je pose le regard sur ma droite et je vois mon tout petit qui dors profondément dans son berceau. Je suis seule à la maison avec lui. Mon homme est repartit travailler. Après un mois passé à se découvrir tout les trois, il fallait bien que ça arrive.
Je prends mes marques dans mon nouveau rôle et il est temps pour moi de faire le récit du jour où je suis devenue mère.


Cette grossesse s'est merveilleusement bien passée. Physiquement tout va bien. Je passe mes journées en mode baleine échouée sur le canapé, mais je n'ai pas mal au dos et je dors bien. Néanmoins, je commence à en avoir marre, et j'avoue que les dernières semaines, l'envie de retrouver mon corps et ma mobilité se fait de plus en plus sentir, sans parler de l'impatience de rencontrer enfin notre bonhomme.
Mon homme aussi s'impatiente. Il angoisse terriblement à l'idée que je l'appelle pendant qu'il est au travail et qu'il doive partir en catastrophe.
Alors on marche, je fais le ménage mais rien n'y fait. Pas de contraction, en tout cas rien de perceptible, ou de douloureux.
Et puis, le spectre du diabète gestationnel est toujours là. Les médecins me surveillent comme le lait sur le feu, tout va bien, le col évolue doucement mais ils ne veulent pas que je dépasse le terme.
J'étais contre le déclenchement (sauf impératif médical bien sur), et lors d'une énième visite de contrôle le jeudi 5 février, on m'explique qu'on peut attendre encore un peu, mais que le mardi suivant, il faudra se décider pour un éventuel déclenchement le jour du terme ou la veille.
L'idée fait petit à petit son chemin dans ma tête. J'ai vraiment hâte que le plancton arrive et j'avoue que j'aime bien l'idée qu'il naisse le jour de la Saint Valentin ou  la veille: un vendredi 13. Et puis ça nous laisserait la semaine pour faire nos dernières sorties à deux: un cinéma ou un resto. J'aurais presque envie qu'il ne se décide pas tout seul pour qu'on me déclenche un de ces jours là.

Le lendemain, se passe comme les autres jours, pas de douleur, pas de contraction, rien qui annoncerait que quelque chose se met en place. Nous partons nous coucher comme d'habitude et je m'endors comme un bébé, comme d'habitude.
Je me réveille à 5h du matin, j'ai mal au ventre. Ça doit être notre pizza hebdomadaire de la veille au soir qui doit avoir du mal à passer. Fait étrange: mon homme aussi se réveille, sans raison apparente. On tente de se rendormir. Mais quelques minutes plus tard, la douleur me fait à nouveau ouvrir les yeux. Je m'interroge, serait-ce ça les contractions? J'ai plutôt l'impression d'avoir besoin d'aller aux toilettes (oui on va oublier le glamour dans cet article), d'ailleurs, ça restera une obsession et à partir de là je vais aller aux toilettes toutes les 5 minutes tellement je vais avoir peur de "m'oublier" sur la table de travail.
En attendant je me lève rapidement, cette douleur est très forte, dure quelques dizaines de secondes et ça se calme. Je ne tiens plus en place. Je n'ai plus de doute sur la nature de ces "spasmes". Je regarde l'heure pour essayer de voir si c'est régulier et si ça se rapproche mais je n'arrive pas tellement à me concentrer. Mon homme aussi s'est levé. Nous déjeunons, mais je ne peux rien avaler. Moi, pour qui la bouffe est si importante, c'est un signe!
La douleur s'intensifie de plus en plus et me rend particulièrement grossière. Je passe chaque contraction accroupie en sortant tout les noms d'oiseaux possibles et inimaginables. Et le volume sonore de mes vociférations s'intensifie en même temps que la douleurs.
Je décide tout de même d'aller me doucher, tant que je le peux encore. C'est idiot mais je ne pense qu'à une chose: me raser les jambes et mettre de jolies chaussettes!

Il est 9h, les noms d'oiseaux commencent à disparaître, la douleur est trop forte pour que j'arrive à formuler quoi que ce soit de cohérent pendant les contractions, mais les cris sont bien là et nous décidons de partir à la maternité. J'ai peur qu'ils ne me disent que le travail n'est pas assez avancé et qu'il faut rentrer.
Heureusement le trajet est rapide, il n'y a pas grand monde sur la route, et entre deux contractions mon homme et moi pouvons discuter normalement.

Arrivés sur la parking de la clinique nous trouvons une place rapidement et près de l'entrée (chose assez rare pour être soulignée) En sortant de la voiture, une contraction me cloue sur place, je fais de mon mieux pour ne pas crier, mais je crois que j'ai quand même fait peur à mon monsieur qui passait par là.

Une fois passé l'épreuve de l’ascenseur (Il vibre, le saligaud), nous sonnons à la porte du bloc obstétrical après avoir reçu les encouragements d'une dame qui a du voir à ma tête que c'était le grand jour.

A la sage-femme qui nous ouvre, je ne peux que dire "je crois que c'est pour bientôt". Elle nous amène en salle d'examens, j'ai l'impression qu'elle court, je n'arrive pas à la suivre. Elle m’examine: "Ah ben on va s'installer, vous êtes à 4!" Je n'en attendais pas temps!

La suite au prochain épisode...